François Bodart, luthier et facteur de violes de gambe

Dans le monde, il n’existe qu’une vingtaine de luthiers spécialisés dans la fabrication de la viole de gambe, ce magnifique instrument à cordes frottées que l’on tient entre les jambes et dont on raconte qu’il est celui qui imite le mieux la voix humaine.

Un instrument revenu au goût du jour suite à l’engouement pour les musiques baroques et anciennes que concrétisait si bien le film « Tous les matins du monde ». La passion de François Bodart est antérieure au film d’Alain Corneau.

Son enfance fut baignée de musique, son père mélomane était organiste à la Collégiale d’Andenne. Jeune adolescent, vite détourné d’un parcours scolaire classique, il gratte la guitare et cherche à se construire un luth.

« L’ébénisterie m’intéressait, je travaillais le bois, je faisais de la copie d’ancien et de la sculpture. J’ai rencontré un facteur de clavecin et puis je suis tombé sur une revue par hasard. »

Un hasard heureux qu’il a nourri de lectures et de visite répétées dans les musées.

« Prendre des mesures sur un instrument historique, c’est essayer de refaire le chemin de celui qui l’a construit. Je me suis installé comme luthier à 22 ans. J’ai fait des luths pendant 4 ou 5 ans et puis je me suis tourné vers la viole de gambe, instrument sonore et chantant, virtuose et intimiste. En 1982, j’ai été lauréat de la promotion mécène de la Fondation Belge de la Vocation. Au même moment, le Musée Instrumental de Bruxelles m’a engagé pour réaliser des travaux de conservation des instruments à cordes. »

Durant une dizaine d’années, François Bodart a été invité au Conservatoire de Gand en tant que professeur de lutherie où il a formé des luthiers confirmés qui exercent leur activité un peu partout en Europe.

En une bonne quarantaine d’années, il a fabriqué près de 250 instruments de ses mains.

Appropriée à faire de la musique en solo, la viole se suffit à elle même. Elle correspond bien au caractère de François Bodart. Seul dans son atelier, il construit pas à pas ses instruments. Son métier, il l’a intégré au fil des ans, dans le rapport unique qu’il entretient avec le temps et le bois.

« Il faut qu’une viole sonne bien dans tous les registres. C’est très intuitif, il faut du temps pour sentir les choses. Ce qui ne rend pas ce métier très rentable. »

Ses clients, musiciens professionnels et amateurs éclairés attendent avec impatience leur commande. Disséminés en Europe, aux États-Unis et au Japon, ils savent qu’ils ne seront pas déçus.

« Ils me disent que mes instruments sont chauds, faciles à jouer, qu’ils vibrent bien. Il y a une sonorité qui m’appartient. C’est complètement irrationnel, je ne peux pas l’expliquer. C’est comme si j’avais cela en moi. Cela vient de la passion que j’ai découverte pour cette musique-là. »